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Normandy Hadrontherapy : un cyclotron unique au monde

Publié le 15 mai 2026

[Dans les coulisses d’EPOPEA – épisode #16] – lire les autres épisodes

Implantée sur le Science Park EPOPEA de Caen la mer, l'entreprise Normandy Hadrontherapy conçoit, développe, fabrique, installe et commercialise un cyclotron multiparticules de nouvelle génération : le C400 IONS. Une première mondiale, porteuse d’espoir pour les patients atteints de cancers radiorésistants et non opérables.

L'hadronthérapie : une technologie de pointe inédite

Chaque année en France, 440 000 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués. Après l’annonce de la maladie, les patients s’interrogent principalement sur leur espérance de vie et leurs chances de rémission, des éléments qui dépendent de la nature de leur cancer.

 

Pour leur offrir de véritables perspectives thérapeutiques, la communauté médicale dispose aujourd’hui d’un large éventail de traitements, parmi lesquels l’hadronthérapie. Cette technique innovante consiste à irradier de façon très ciblée les cellules tumorales grâce à un faisceau de particules chargées (ions) permettant de préserver au maximum les tissus sains et les organes environnants.

 

L’hadronthérapie s’est développée à partir des années 1960, d’abord grâce à de petits cyclotrons accélérant des particules simples comme les protons. Dans les années 1990, l’apparition d’installations plus imposantes, des synchrotrons de 25 à 40 mètres de diamètre, a permis l’accélération d’ions plus lourds, en particulier les ions carbones. Cette technologie a été principalement développée par le Japon, l’Allemagne, la Corée et la Chine.

Le C400 IONS : une première mondiale développée à Caen

C’est à Caen que Normandy Hadrontherapy développe aujourd’hui un cyclotron de dernière génération : le C400 IONS.

 

Sa principale caractéristique ? Sa compacité. Grâce à une bobine supraconductrice et à une culasse renforcée de 7 mètres de diamètre, son emprise au sol est jusqu’à trois fois inférieure à celle d’un synchrotron.

 

Le C400 IONS ne se distingue pas uniquement par sa taille. Il peut délivrer différents types de traitements grâce à des faisceaux de protons, d’ions d’hélium et d’ions de carbone. Ces derniers permettent de traiter des tumeurs complexes, radiorésistantes ou non opérables, notamment au niveau du cerveau, du système respiratoire ou du pancréas.

 

Plus précise que la radiothérapie conventionnelle aux rayons X, l’hadronthérapie par ions carbone préserve davantage les tissus sains avant d’atteindre la tumeur. Elle induit par ailleurs des dommages irréversibles à l’ADN des cellules cancéreuses, ce qui augmente significativement l’efficacité du traitement.

 

Autre avantage majeur : le C400 IONS présente des coûts de construction et d’exploitation réduits. Son haut niveau d’automatisation simplifie son utilisation et permet de passer rapidement d’un type de particule à un autre.

Un pôle d’excellence ancré en Normandie

Pourquoi une telle première mondiale à Caen ?

Christophe LE FOLL, co-président de Normandy Hadrontherapy, retrace la genèse du projet :

  • « En 2018, les acteurs de la recherche régionale (le CHU Caen Normandie, le Centre de Lutte Contre le Cancer François Baclesse, le GANIL, l’ENSICAEN et le CNRS) ont lancé le programme ARCHADE, avec l’ambition de créer un centre européen de recherche et de développement en hadronthérapie. L’engagement des élus a permis la concrétisation du centre de recherche et de traitement CYCLHAD, implanté sur le plateau nord. La Région Normandie a notamment contribué au projet à hauteur de 70 millions d’euros de garanties. »  

Aujourd’hui, près de 250 patients bénéficient déjà de traitements d’hadronthérapie grâce au système ProteusONE, dédié à la protonthérapie et mis à disposition du Centre François Baclesse. C’est également sur ce site que le C400 IONS devrait entrer en service à l’horizon 2028.

Un levier de développement industriel régional

Le développement du C400 IONS s’appuie sur des technologies de pointe, notamment un système de gestion de l’hélium capable de recycler le gaz utilisé pour refroidir la bobine supraconductrice. Cette innovation permet de réduire de manière significative les coûts de maintenance du système.

 

L’entreprise repose sur une équipe de 46 collaborateurs : physiciens, ingénieurs, spécialistes des systèmes, de la radioprotection, de l’électronique et des technologies médicales. Plusieurs d’entre eux, originaires de Normandie, ont choisi de revenir dans la région pour participer à un projet porteur de sens.

 

La construction du cyclotron constitue un levier important, ayant généré 15 millions d’euros de sous‑traitance en France et 30 millions d’euros en Europe.

Une ambition internationale affirmée

Après un investissement initial de 48 millions d’euros, Normandy Hadrontherapy engage aujourd’hui une phase de levée de fonds afin d’accélérer son développement.

  • « Nous souhaitons finaliser le projet et nous projeter sur les ventes suivantes », anticipe Christophe LE FOLL.
  • « Nous travaillons avec IBA (Ion Beam Applications), leader mondial de la protonthérapie, pour exporter cette technologie. »

L’entreprise est actuellement positionnée sur deux appels d’offres en Amérique du Nord, visant à équiper des centres hospitaliers de référence internationale. Les premières signatures de contrats sont envisagées à l’horizon 2027‑2028.

Christophe LE FOLL se montre confiant quant au potentiel du C400 IONS :

  • « Selon une étude américaine, seuls 0,04 % des patients dans le monde ont aujourd’hui accès à la carbone-thérapie, alors que près de 5% pourraient bénéficier. On recense actuellement une quarantaine de salles de traitement. Il en faudrait 100 fois plus. Nous pensons que les centres de traitement d’envergure internationale disposeront de cet outil dans leur palette thérapeutique. Aux États-Unis, chaque état pourrait s’en doter. » 

En parallèle, les travaux de construction du C400 IONS se poursuivent à Caen. L’installation matérielle arrive dans sa phase finale. La prochaine étape majeure consiste au refroidissement de la bobine, une opération de deux à trois mois nécessaires pour atteindre une température proche du zéro absolu, soit −273,15°C.

La fiche d'identité de Normandy Hadrontherapy
  • Située sur le Science Park EPOPEA de Caen la mer, Normandy Hadrontherapy a été créée et capitalisée en 2019.
  • L’entreprise est issue d’une joint-venture réunissant la société belge IBA (Ion Beam Applications), le leader mondial de la protonthérapie, les collectivités normandes (Région Normandie, départements du Calvados, de l’Orne et de la Manche), ainsi que l’ensemble des CCI au travers de la SEM SAPHYN.

Retrouvez les précédents épisodes "DANS LES COULISSES D'EPOPEA"

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