Generic selectors
Correspondances exactes uniquement
Rechercher dans le titre
Rechercher dans le contenu
Post Type Selectors
fr

Murena : l’entreprise caennaise qui défie Apple et Google

Publié le 19 janvier 2026

Pionnier français du logiciel libre et fondateur de l'emblématique Mandrake Linux, Gaël DUVAL a fait de Caen son QG d'innovation. Aujourd'hui, avec son projet /e/OS et sa société Murena, il propose une alternative crédible à l'hégémonie des géants de la tech américaine. Portait d'un entrepreneur qui s'engage pour protéger les données personnelles.

 

[Dans cet entretien issu du magazine Osez Caen Normandie, partez à la rencontre de Gaël DUVAL et découvrez Murena autrement].

  • « J’ai toujours été fasciné par Guillaume le Conquérant, il est la preuve que ce n’est pas parce qu’on est de Caen qu’on ne peut pas être ambitieux. », explique Gaël DUVAL.

Malgré son intérêt pour l’histoire et l’écriture, c’est vers la technologie qu’il s’oriente après des études en physique-chimie et mathématiques. À la fin des années 90, l’informatique connaît
un essor majeur, avec l’émergence d’Internet et l’arrivée des ordinateurs dans les foyers. L’entrepreneuriat est inscrit dans l’ADN de Gaël DUVAL.

  • « Ma première boîte, dit-il, je l’ai montée au collège. J’ai créé un journal dans ma commune d’Amayé-sur-Orne. Je recueillais les infos et j’allais vendre en porte-à-porte le document en prix libre ». Cette vocation se concrétise en 1998. « J’ai créé une distribution Linux », raconte-t-il.

Son Mandrake Linux — devenu ensuite Mandriva — rencontre un succès international fulgurant.

  • « En deux ans, je suis passé d’un à 150 salariés avec des bureaux aux États-Unis. »

Un apprentissage accéléré du management pour ce jeune entrepreneur de 25 ans qui dirige parfois des collaborateurs ayant le double de son âge. Mais pour Gaël DUVAL, l’entrepreneuriat n’est pas qu’une quête de profit. Il y voit plutôt un moyen de développer des projets alignés avec ses valeurs éthiques et sa vision d’un numérique respectueux des libertés fondamentales.

Des fair phones et un OS pour reprendre le contrôle de nos données

En 2018, un constat alarmant s’impose à lui :

  • « Chaque jour, nous transmettons 10 Mo de données personnelles avec nos téléphones portables à des entreprises étrangères. »

Cette situation le pousse à chercher une solution alternative. Il développe alors /e/OS, un système d’exploitation mobile débarrassé des services Google, et fonde la société Murena pour le commercialiser. Son siège ? À Caen, évidemment.

 

Le principe est simple : proposer un écosystème numérique complet qui respecte intégralement la vie privée des utilisateurs. Plus de fuite de données vers les géants technologiques américains qui exploitent chaque aspect de notre vie numérique. Pour concrétiser sa vision, Gaël DUVAL s’associe à des fabricants qui partagent ses valeurs, notamment une entreprise néerlandaise spécialisée dans les « fair phones », ces smartphones éthiques.

  • « Ils intègrent notre système d’exploitation sur leur téléphone dont les pièces sont sourcées et remplaçables », indique l’entrepreneur. « Nos téléphones ont une durée de vie estimée à 10 ans, contre 2,7 ans pour ceux qui tournent sous Android ».

Un enjeu de souveraineté numérique

La protection des données personnelles et la durabilité des appareils ne sont pas les seules préoccupations de Gaël DUVAL. Il s’inquiète aussi de la dépendance technologique européenne face aux géants américains.

  • « Cela fait des années que la maîtrise technique a été laissée aux Américains. Aujourd’hui, alors que la situation internationale se tend, on comprend enfin qu’on a l’absolue nécessité de défendre nos intérêts. Nous sommes à un moment pivot. L’Europe doit construire son Airbus de la tech. C’est une question de souveraineté et d’indépendance ».

Les chiffres qu’il avance sont révélateurs : en 30 jours, sur son propre téléphone, le système d’exploitation conçu à Caen a bloqué 399 712 tentatives de collecte de données par 46 applications différentes.

  • « Et encore, ajoute Gaël Duval avec malice, je n’ai pas Instagram, WhatsApp, Facebook, X ou TikTok… » Avec ces plateformes, la situation est encore plus problématique puisque l’utilisateur consent explicitement à livrer ses données.
  • « Dans la vie réelle, c’est comme si vous laissiez la porte de chez vous ouverte et que vous laissiez des inconnus fouiller dans vos affaires, vos tiroirs, votre chambre ». Glaçant.
En savoir plus sur Osez Caen Normandie ?

 

Crédit photo : Annliz Bonin

 

 

————————-

 

 

Cet article est extrait du Magazine Osez Caen Normandie : Terre d’Audace.

Partager cet article