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Murata : la renaissance d’un site industriel caennais

Publié le 2 février 2026

Inaugurée en 1957, sous le nom de La Radiotechnique, l'usine Philips de Caen a traversé mille et un tourments. Reprise par le groupe japonais Nippon Murata, ce site industriel emblématique a su se réinventer et envisager l'avenir avec sérénité. Samuel CAZIN, ingénieur embauché chez Philips en 2000, témoin direct de cette spectaculaire renaissance industrielle, nous raconte l'histoire du phénix de la rue de la girafe à Caen.

 

[Dans cet entretien issu du magazine Osez Caen Normandie, partez à la rencontre de Samuel CAZIN et découvrez Murata autrement].

 

Flashback. Nous sommes dans le boom technologique de l’an 2000. Le taux de chômage des ingénieurs est de zéro. À Caen, Paris ou Strasbourg, comme à l’étranger, le diplôme d’ingénieur est un passeport pour l’emploi. Les titulaires du Sésame ont le choix. Vaste. Immense d’aller où bon leur semble. Fraîchement diplômé de l’ENSI (École Nationale Supérieure d’Ingénieurs) de Caen, Samuel CAZIN ne nourrit pas une passion démesurée pour Philips. Il envisage plutôt son avenir ailleurs, dans une structure « à taille humaine ».

  • « J’ai passé des entretiens dans plusieurs sociétés. Des entretiens de pure forme, puisque les contrats étaient prêts à être signés au bout de la table ».

Mais il choisit tout de même Philips pour rester à Caen, où il est né 24 ans plus tôt.

  • « J’étais déjà papa et je ne me voyais pas partir travailler loin de ma famille ».

Quelques mois après son arrivée, la situation de l’entreprise se dégrade brutalement. Les plans sociaux se succèdent, conséquence d’une crise mondiale des composants qui affecte toutes les entreprises du secteur.

  • « Un vendredi, on nous a demandé de rester à nos postes de travail », se souvient l’ingénieur.
  • « Dès que le téléphone sonnait, cela signifiait que le collaborateur associé à la ligne partait ».

La violence des licenciements frappe de plein fouet le site de production rue de la Girafe.

Du marketing high-tech à l’entrepreneuriat

Samuel CAZIN échappe aux vagues de licenciements.

  • « Il y en a eu tellement que je ne me souviens pas exactement le nombre de plans qui ont été présentés. »

Son profil atypique lui permet de continuer chez NXP (ex-Philips) mais avec une nouvelle casquette.

  • « J’ai compris que mon talent, c’était d’identifier pourquoi, autour d’une table, les gens n’arrivaient pas à se comprendre », explique celui qui, en 2013, devient responsable marketing RFID/NFC (objets connectés) de l’entreprise pour les marchés du jeu.
  • « Mon premier rendez-vous se passe au Danemark chez Lego pour créer un jouet. À 37 ans, j’accomplis un rêve de gosse : je conçois des jouets ! »

Un jeu qui ne va pas l’amuser longtemps puisqu’il quitte le groupe quelques mois plus tard pour créer sa propre entreprise de communication et de marketing. À Caen, évidemment.

De l’électronique au médical : l’innovation caennaise rayonne

Parmi ses premiers et fidèles clients figurent d’anciens collègues ingénieurs qui ont repris, en 2009, le site industriel historique de Philips/NXP de la rue de la Girafe. À la tête de la nouvelle société IPDiA, l’emblématique Franck MURRAY, ingénieur centralien, se lance dans l’aventure avec 60 salariés — quand le site comptait, à son apogée, plus de 1 200 personnes. Pendant sept ans, IPDiA innove et se démarque. Grâce à ses ingénieurs, les nouvelles générations de pacemakers sont miniaturisées, ce qui rend leur implantation moins lourde et moins invasive.

  • « Grâce à un bout de silicium conçu et fabriqué à Caen, l’installation d’un pacemaker se fait aujourd’hui en ambulatoire et ne nécessite pas d’ouvrir la cage thoracique », indique Samuel CAZIN. « Aujourd’hui, un pacemaker sur deux dans le monde intègre une technologie caennaise dans sa conception ».

Un nouveau chapitre s’écrit

Fort de ses innovations et de son savoir-faire, IPDiA est rachetée en 2016 par Murata, poids lourd mondial des composants passifs — résistances, condensateurs et autres diodes présents dans tous les appareils électroniques de la planète. Fournisseur de solutions de communication et de marketing pour Murata, Samuel CAZIN rejoint les rangs de l’entreprise nippone en 2020. En 2024, une nouvelle ligne de production « 8 pouces » est inaugurée rue de la Girafe, dans l’enceinte historique de l’ancien site Philips. Cette installation constitue un signe tangible de la réindustrialisation de la France et de l’Europe. Et, fin 2025, Murata devrait compter 320 salariés. Tel le phénix, l’usine de la rue de la Girafe renaît progressivement de ses cendres.

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Cet article est extrait du Magazine Osez Caen Normandie : Terre d’Audace.

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